Hello les bimbelles !
Je traverse une période étrange et j’ai un besoin fou de me confier. J’ai cru comprendre qu’on parlait de tout et de rien ici, alors je me suis dit que ce serait peut-être le bon endroit
(et le topic « Amour » ayant fermé, je ne voyais pas d’autre espace plus approprié)
Si je me suis trompée de lieu, n’hésitez pas à me rediriger
Je vous remercie d’avance pour les conseils et avis objectifs que vous pourrez m’apporter.
Et disclaimer : c'est très long, donc prévoyez du pop-corn ou passez votre chemin.
*
*
*
Bon, on va aller droit au but. Je crois que je suis tombée amoureuse de mon maître de stage.
Alors, on ne s’alarme pas ! Quand on lit « maître de stage », on pense tout de suite à un homme d’âge mûr, père de famille, avec un écart d’âge important.
Sauf que non. J’ai 27 ans, et il a seulement 5 ans de plus que moi. Récemment, il est passé jeune responsable de service, et voilà pourquoi je me suis trouvée sous sa direction.
En revanche, il y a (ou plutôt, il y a eu) cette barrière hiérarchique qui empêchait tout rapprochement et qui nous a imposés de rester droits dans nos bottes.
J’ai commencé ce stage à la mi-février 2025.
Et lorsque je suis arrivée, je sortais d’une période très violente.
1/ CONTEXTE
Spoiler (Cliquez pour afficher)
De l’été à l’hiver 2024, tout a été sacrément pourri.
J’avais préparé l’examen d’accès au CRFPA (concours d’avocat) que j’ai raté à quelques centièmes de points.
Et en parallèle de cette préparation, on diagnostiquait à mon père un cancer au stade terminal.
Il nous a quittés en octobre 2024, quelques jours avant l’annonce de mon ajournement au concours. Et j’ai dû gérer seule tout ce que son décès a impliqué (paperasse, obsèques, succession). Même pas le temps de pleurer et faire mon deuil tranquillement.
Quant à mon estime de moi et à la perception de ma valeur professionnelle : peanuts, détruites, réduites à néant après avoir loupé le concours de ma vie.
C’est donc physiquement et mentalement épuisée, encore en plein deuil, que je suis arrivée dans cette boîte pour un stage.
Le concours, que je voulais retenter, se déroulait uniquement en début septembre 2025. Donc pour valoriser mon CV et ne pas avoir une année blanche, j’ai voulu rester active professionnellement avec un stage.
Puis, je dépérissais toute seule chez moi aussi, à ruminer le décès et les sombres événements traversés. Il fallait que je m’occupe, que je me change les idées.
C’est là que j’ai fait la connaissance de
Thomas, mon maître de stage (prénom fictif).
J’ai été affectée à son service 2 semaines après mon arrivée. Avant cette affectation, nous travaillions dans le même open space, entourés d’une trentaine de personnes, mais je n’avais jamais fait attention à lui. J’étais en pleine formation par l’équipe de recrutement avant qu’ils ne m’attribuent un service, et je me concentrais donc pleinement sur mon apprentissage.
Au début, je ne savais pas trop sur quel pied danser avec lui. Il a un humour pince-sans-rire qui déstabilise au premier abord.
Lorsqu’il a appris que j’étais sa nouvelle stagiaire, il est venu à mon bureau pour se présenter officiellement à moi. C’est alors que des rires ont fusé des tables voisines, où se trouvaient son groupe de potes avec qui il déjeune tous les midis, dont un pote qu’il a depuis l’université.
« Pourquoi vous riez ? » leur a-t-il lancé d’un air de défi.
Puis il a poursuivi à mon intention
« Ne les écoute pas. Ils sont toxiques, moi je ne le suis pas ».
« Tu commences lundi avec moi. En attendant … vis » Il avait prononcé tout ça en gardant un air impassible, sans sourire, presque blasé. Et il s’est éloigné.
2/ LE PERSONNAGESpoiler (Cliquez pour afficher)
Mais finalement, je me suis vite habituée à sa manière d’être et à son humour. Tous les trois jours, on faisait un petit debrief de mes écritures et des tâches effectuées par mes soins. Je m’installais à côté de lui, à son bureau, et on examinait tout cela ensemble. Il prenait le temps de m’expliquer mes erreurs et mes axes d’amélioration, il se montrait bienveillant et pédagogue. Et il valorisait mon travail, qu’il estimait toujours très bien fait dans l’ensemble.
C’est au cours d’une de ces séances de debrief qu’on a découvert qu’on avait étudié dans la même ville et la même université. Il a simplement obtenu son diplôme l’année qui a précédé mon arrivée, et on ne s’est donc jamais croisés.
J’ai aussi noté son côté très cool, décontracté. Il venait au bureau dans un style qui lui appartenait bien, avec des hoodies aux couleurs vives ou aux motifs bariolés.
Lorsque je lui faisais remarquer un truc qui lui avait échappé dans un dossier, il avait cette manie de me lancer un « Bien vu chacal ! »
Et ses blagues lâchées avec un visage sérieux n’en étaient que plus tordantes.
Bref, c’était un responsable de service agréable. Un peu décalé, mais dans le bon sens du terme. Exigeant mais juste, et pas du tout tyrannique ni autoritaire.
3/ LA RECONSTRUCTIONSpoiler (Cliquez pour afficher)
Je me suis vite sentie bien avec lui. Il créait une ambiance apaisée et qui a contribué à ma guérison après le deuil.
Il a aussi soigné cette blessure liée à l’échec au CRFPA. Je suis arrivée avec une confiance en moi complètement brisée sur le plan professionnel, qu’il a réparée petit à petit. Ses premiers retours étaient déjà positifs. Il affirmait être très content de mon travail et impressionné car ça ne faisait que 2 semaines que j’étais dans la boîte.
Il a même fini par me proposer un CDI, dans son service, après deux mois de stage. C’est là qu’il a définitivement balayé d’un revers de main toutes les angoisses et insécurités que je trimballais depuis le décès.
Moi qui me retrouvais sans père ni mère, avec un futur à construire toute seule, moi qui avais une peur bleue de l’avenir et de ne jamais trouver ma place ; il a tout soufflé en me demandant de rester.
Quelqu’un m’avait vue. Il m’avait vue.
Et pourtant, j’ai espéré très fort qu’il ne me fasse jamais une telle proposition. Parce que cela impliquait de faire un choix.
Je me sentais vraiment bien dans cette boîte, et dans son service. Je me voyais y rester toute ma vie, y adopter un quotidien et une stabilité. C’était tout ce qu’il me fallait après avoir traversé l’enfer.
Mais la session 2025 du CRFPA m’attendait derrière. C’était mon objectif ultime. Et c’est un concours tellement lourd qu’il m’aurait été impossible de le concilier avec un CDI.
De plus, mon père croyait très fort en ma réussite. Lors de ma première tentative, en 2024, j’ai voulu abandonner toute la préparation dès que j’ai appris pour sa maladie, afin de rester auprès de lui. Mais il s’y était fermement opposé et m’a incité à poursuivre mon rêve : « Je ne veux rien savoir. Tu y vas, tu y vas, tu y vas » me disait-il.
Alors j’y suis allée, sans savoir qu’il allait partir quelques semaines après. J’ai sacrifié les derniers moments que j’aurais pu passer auprès de mon père pour préparer ce concours, et pour finalement le rater à quelques centièmes de points. Donc c’était impensable pour moi de ne pas le repasser. De choisir le CDI et de trahir sa mémoire. Ce rêve était devenu le sien autant que le mien.
J'ai donc refusé à contrecoeur la proposition de Thomas.
Et ça a été l’un des choix les plus difficiles de ma vie.
C’était renoncer à la quiétude immédiate qu’il m’offrait, pour faire un pari sur moi-même. Emprunter une voie sans retour où l’échec n’était pas permis.
Là-encore, comme s’il avait deviné, Thomas a su m’apporter exactement ce dont j’avais besoin.
Il a appris qu’une place se libérait dans le service de son pote Francis en novembre 2025, à peu près à la période où j’allais découvrir mes résultats. Il m’a donc recommandée auprès de lui. Il lui a demandé de me garder la place en priorité si je ratais une seconde fois le concours, et a ainsi laissé une porte entrouverte, au cas où.
Il n’y était absolument pas obligé, et pourtant il l’a fait, et ça m’a énormément touchée. Cette perspective m’a aussi profondément rassurée. Savoir qu’il existait un filet de sécurité m’a permis d’avancer l’esprit plus léger, de traverser une seconde fois ce concours avec sérénité.
4/ LE BASCULEMENT Spoiler (Cliquez pour afficher)
A partir de là, et à mesure que la fin de mon stage approchait, j’ai noté des changements dans l’attitude de Thomas.
Quand je lui rendais un dossier impeccable, ou qu’il découvrait que j’avais effectué à l’avance une tâche sans qu’il me le demande, il formait un coeur avec ses mains dans ma direction accompagné d’un : « Tu gères, le sang ». Chose que je ne l’avais jamais vu faire auparavant.
Mes amies co-stagiaires qui étaient présentes dans l’open space observaient son attitude. Elles m’ont fait remarquer qu’il s’adressait à moi de façon plus douce et plus attentive qu’avec ses autres collègues lorsqu’il venait me trouver à mon bureau.
Une juriste du service de Thomas, qui avait appris qu’il m’avait proposé un contrat, m’a fait cette réflexion : « Tu sais, Thomas, il ne propose pas directement un CDI à n’importe qui … »
La veille de mon départ, on a fait un restaurant avec toute l’équipe. Sur le chemin qui y menait, j’ai marché à côté de Thomas. Il semblait tendu et avait du mal à engager la conversation. Alors j’essayais de briser la glace en lui faisant la conversation, mais il répondait à mes questions de façon très brève, avec des réponses fermées « Oui, Non ».
Puis j’ai fini par laisser un silence s’installer, au cours duquel il a fini par me demander, l’air de rien
« Sinon, tu comptes rester sur Paris dans le futur ? »
J’ai pris ça pour une question anodine, mais elle prend du sens au regard des événements qui se sont succédés ensuite
Et le dernier jour de stage a été le plus parlant.
Dans la matinée, il s’est avancé d’un air décidé vers mon bureau, s’est planté devant, et m’a lâché un « Salut ».
Je l’ai aussi salué avec un sourire. J’ai cru qu’il allait ajouter quelque chose, car il restait droit comme un piquet devant moi en me regardant. Il semblait prêt à balancer une phrase, mais il s’est ravisé. Puis il a fait une pirouette et est reparti dans l’autre sens.
Mes co-stagiaires, qui avaient assisté à toute la scène, étaient toutes d’accord pour dire que c’était très chelou.
Il est revenu à la charge en fin de journée, alors que j’effectuais mes dernières heures de travail.
« Je peux te parler 5 min ? »
Il m’a demandé de le suivre dans une salle de réunion un peu en retrait, afin de parler en privé. Sur le chemin, il a vu que j’avais le regard vitreux. Je lui ai expliqué que je me sentais patraque depuis midi, et que j’avais un peu de fièvre.
On s’est enfermés dans la salle, et il m’a dit qu’il avait été très touché par le petit mot d’au revoir que je lui avais écrit la veille pour le remercier de son accompagnement tout au long du stage.
« Sache que je serai toujours là pour toi s’il y a quoi que ce soit. N’hésite pas » m’a-t-il dit.
« Et si tu n’avais pas été dans cet état, je t’aurais bien proposé qu’on aille se boire des verres »
Le « on » est resté volontairement impersonnel. Sur le coup, j’ai naïvement cru qu’il incluait les autres membres de l’équipe qui étaient sur site ce jour-là. Mais elles n’étaient que deux : l’une avait déjà un truc prévu avec son copain, tandis que l’autre est partie en avance car elle avait un train à attraper. Donc si j’avais accepté, il est probable que je me sois retrouvée seule avec Thomas.
Mais le fait est que j’ai refusé car j’étais vraiment dans le mal. Je l’ai remercié pour la proposition, et lui ai dit que ça aurait été avec plaisir sans cette fièvre (oui, je n’avais pas encore percuté qu’il parlait potentiellement de nous deux uniquement, et pas d’un verre collectif).
Il a compris, a respecté ma position, puis a clôturé « Et déchire tout au CRFPA ! »
Et c’est là-dessus que j’ai quitté le stage, en mi-juin.
Pendant les jours qui ont suivi, mes co-stagiaires qui étaient encore dans la boîte m’ont donné des nouvelles, et m’ont indiqué que Thomas semblait déprimé depuis mon départ.
« Il a regardé ton bureau vide avec tristesse » J’ai alors beaucoup gambergé. J’étais animée d’
une gratitude immense envers Thomas : pour la confiance accordée, pour la paix retrouvée, pour toutes ces opportunités et ces coups de pouce qu’il m’a donnés.
Mais ce que j’avais pris pour des marques d’estime professionnelle relevait peut-être, en vérité, d’un intérêt plus personnel ?
Et si je n’étais pas si compétente que ça finalement ? S’il avait juste voulu me garder près de lui, dans la boîte, coûte que coûte ?
Grosse remise en question de mon côté. Thomas m’a beaucoup apporté. Il a été le facteur essentiel de ma reconstruction après une période de grande vulnérabilité.
Mais l’avait-il fait pour les bonnes raisons ?
[suite dans un autre message, car celui-ci se fait long]