lilas1254 Alors autant il y a de nombreux courants dans le féminisme, autant je ne peux qu'être en désaccord en disant que certains veulent la suprématie féminine. A la rigueur, tu trouveras des individus qui font mine d'être très très radicales et très très énervées en mettant en scène une haine des hommes (souvent d'autant plus factice que ces personnes sont souvent hétéros et que dès que tu grattes un peu la peinture cette radicalité de façade cache un vide théorique / en terme de propositions politiques assez abyssal parfois accompagnée d'une homophobie/transphobie latente, mais bref). Cependant, dire des âneries sur les réseaux sociaux pour s'intégrer dans un groupe ne fait pas un courant politique pour autant.
D'ailleurs, dans les faits les mouvements féministes les plus radicaux sont plutôt dans une démarche d'essayer de vivre entre femmes et/ou de vouloir détruire les groupes sociaux hommes et femmes que de vouloir dominer / haïr les hommes.
Bref, le coup du "[d]es féministes haïssent les hommes" c'est juste un vieux marronnier pour faire une distinction entre celles qui sont jugées respectables par le pouvoir en place (et qui donc dans les faits ne changent rien aux rapports sociaux entre les hommes et les femmes) et les hystériques / misandres / extrémistes / etc. qui demandent des trucs extrêmement dangereux pour la société comme de fait de mettre des points médians à la fin de certains mots (oui, le standard pour être "extrémiste" est très bas).
Vu que visiblement l'idée qu'il y a des filles respectables et d'autres qui ne le sont pas en raison de la manière dont elles s'habillent / avec qui elles couchent / de ce qu'elles font de leur samedi soir, je reposte cet excellent article d'Isabelle Clair https://www.cairn.info/revue-agora-debats-jeunesses-2012-1-page-67.htm?contenu=article.
Je met la conclusion pour les personnes qui ont la flemme de lire l'article :

Enfin, je ne peux que m'interroger sur le fait de dire que "nous ne sommes pas pareilles que les hommes". Je me doute que tu n'as pas dit ça dans un but dépréciatif, cependant nous devons nous méfier de ce genre de phrases toutes faites. Oui, un homme et une femme, ce n'est pas pareil. Mais deux femmes sont "différentes" aussi, tout comme deux hommes, d'ailleurs. Le fait de dire que "X est différent de Y" n'est pas porteur de sens en soi, puisque tous les êtres humains sont différents. En réalité, ce genre d'énoncé est porteur d'un sous-texte : premièrement, que cette différence est importante, irréductible même, et surtout qu'elle est porteuse de sens pour ce qui est de l'organisation / la hiérarchie sociale.
Or, non seulement notre "différence biologique" d'avec les hommes n'est pas si imperméable et figée que ça et c'est de plus en plus vrai avec les avancées de la médecine, mais en plus elle n'est pas si "naturelle" que ça non plus. Aucun paramètre "biologique" n'existe en tant que tel, tous sont au croisement de milliers de facteurs, qu'ils soient génétiques ou culturels/ environnementaux (par exemple pour la taille on peut citer : l'exercice physique, l'alimentation, l'exposition au soleil, à certaines aux maladies ou à certaines substances toxiques... ) et en plus de ça la technique permet de dépasser notre déterminisme génétique lorsqu'il existe : on peut vivre tout à fait normalement avec des maladies qui autrefois tuaient en quelques mois (le diabète de type 1 par exemple), et on passe notre temps à essayer de dépasser les limites de la "nature-han".
Mais surtout ces différences, lorsqu'elles existent -différences sont souvent largement exagérées voire inventées pour naturaliser la hiérarchie entre homme et femmes, d'ailleurs- ne sont pas porteuses de sens en soi, ce sont les humains qui leur en donnent pour justifier leur organisation sociale actuelle. Ce n'est pas parce que les hommes sont plus forts qu'ils dominent les femmes, d'ailleurs ladite force peut tout autant servir à justifier l'exploitation d'autres groupes dominés (pour réduire certains peuples en esclavage, par exemple...), mais parce qu'ils possèdent le pouvoir et particulièrement économique, notamment en exploitant les femmes au sein du foyer.
Et surtout, la force physique pour asservir une autre personne, quand on y réfléchit ça ne tient pas debout. Si vous cassez la figure de quelqu'un, la société vous le fera payer (vous irez devant un tribunal voire en zonzon) et vous ne pourrez pas prendre ce qui donne vraiment du pouvoir dans nos sociétés: travail, capital culturel et social, économies... Et si vous vous attaquez à une personne d'une classe sociale supérieure votre peine sera d'autant plus lourde, et ce même si vous allez à la salle tous les jours et que votre victime a un physique de phasme.
Il n'y a que dans certains contextes particuliers que la violence (qui ne pas passe d'ailleurs pas toujours par la force physique "pure") n'est pas punie dans les faits, voir sert à renforcer une domination en réalité déjà là. Et parmi ces contextes, il y a le genre. La force n'est pas la cause mais la justification à postériori, et s'ajoute à la longue liste des outils de l'oppresseur pour maintenir sa domination.
Bref tl;dr nous devons nous méfier comme la peste des discours naturalisant sur le genre et le sexe, déjà parce qu'ils sont presque toujours au mieux simplistes, au pire faux, mais surtout parce que lorsqu'il s'agit de baser des rôles sociaux dessus, c'est toujours pour justifier une hiérarchie déjà là.
Je remet des sources pour celles qui ne les ont pas (encore) vues
https://www.youtube.com/watch?v=dR8gLqyDj0s Le sexe par défaut, présentation d'Evelyne Peyre et de Joëlle Wiels
Sexe, genre sexualités, nos corps, entre nature et culture. Anne Fausto-Sterling https://mediaserver.unige.ch/play/116748
Une série d'articles sur une émission à la gomme de France 2, qui en profite pour débunker et/ou nuancer beaucoup d'idées communes vis à vis de la "différence des sexes". http://allodoxia.odilefillod.fr/2015/08/02/les-pouvoirs-extraordinaires-de-france-2-part1/